Dans un épisode du podcast Chasseurs de fraude, Rémi Nolibois, enquêteur d’assurances et président du GIE Provelliance, partage un retour d’expérience concret sur son métier et sur les mécanismes de fraude dans le secteur assurantiel. Retour sur cette interview exclusive !
L’enquête en assurance : une mission encadrée face au risque
Face au plus de 902 millions d’euros de fraudes détectées chaque année selon l’ALFA, les assureurs ont structuré une riposte qui allie efficacité financière et rigueur méthodologique.
C'est dans cette optique de professionnalisation que l’enquêteur d’assurance intervient dans un cadre précis, défini par la compagnie d’assurance.
Le processus commence par une lettre de mission qui expose les incohérences détectées et les questions à éclaircir. L’objectif premier est de comprendre les rouages, et non d’accuser.
Comme le rappelle Rémi Nolibois, l’enquête repose avant tout sur un principe simple :
“Il faut essayer de rester le plus factuel possible, le plus objectif dans les investigations, ne pas prendre parti et apporter les éléments de preuve à la compagnie.”
La preuve au centre de l’investigation anti-fraude
L’un des enjeux majeurs du métier est la construction de la preuve. Un comportement suspect ou une déclaration incohérente ne suffisent pas. Chaque élément doit être vérifié, documenté et recueilli dans le respect de règles strictes, notamment en matière de proportionnalité et de loyauté.
Dans ce contexte, le document occupe une place centrale.
- Factures, certificats, bons de commande… Ces pièces permettent de retracer un historique et de structurer l’enquête.
- Elles servent aussi de base pour confronter les déclarations de l’assuré.
- Et parfois, elles révèlent des incohérences majeures.
Quelles sont les anomalies révélées par les documents ?
Les incohérences sont variées.
Rémi Nolibois explique avoir été confronté, au cours de ses enquêtes, à des situations inattendues : par exemple, des commandes portant sur plusieurs centaines de milliers de pièces textiles prétendument issues d’usines, dont certaines adresses correspondaient en réalité à des lieux inexistants ou sans activité industrielle.
Comme le souligne Rémi Nolibois :
“Le document va nous permettre de retracer un historique de ce qui s'est passé avant.”
Pour aller plus loin, poursuivez votre lecture : Fraud Analysis ou comment mieux détecter la fraude documentaire
Une fraude protéiforme et chiffrée
La fraude à l’assurance prend des formes variées.
On retrouve notamment :
- Des sinistres exagérés ou fictifs
- Des fausses déclarations sur le risque (usage d’un véhicule, profil du conducteur…)
- Des documents falsifiés
- Des actes médicaux inexistants
Selon les chiffres évoqués dans l’épisode, près de 900 millions d’euros de fraude sont identifiés chaque année. Un montant qui ne reflète qu’une partie du phénomène réel.
L’IA, un tournant pour la fraude et une nécessité de retour au terrain
Un point ressort particulièrement lors de cet échange : l’impact croissant de l’intelligence artificielle.
Aujourd’hui, certains assurés utilisent déjà des outils d’IA pour formuler leurs réponses ou produire des documents plus crédibles. Le niveau de sophistication augmente, ce qui rend certaines fraudes plus difficiles à détecter.
Un constat qui rejoint une tendance plus large : la fraude documentaire se développe à grande échelle, portée par les outils numériques et l’automatisation.
Face à cela, une évolution s’impose : plus les échanges se digitalisent, plus le terrain reprend de l’importance.
L'importance de l’enquête physique et du rassemblement d’informations
Pour contrer cette sophistication croissante, il est crucial de ne pas se fier uniquement aux documents. Rémi Nolibois insiste sur la nécessité de l’enquête physique pour valider ou invalider les éléments d’un dossier.
Les étapes essentielles pour sécuriser l’analyse sont :
- Les vérifications physiques
Se rendre sur le terrain permet de confronter les déclarations à la réalité. Cela inclut l’observation des lieux, l’analyse d’un bien ou encore des enquêtes de voisinage pour mieux comprendre le contexte du sinistre.
- Les échanges directs
L’entretien avec l’assuré est un moment clé pour recueillir une version détaillée des faits et identifier d’éventuelles incohérences. Comme l’explique Rémi Nolibois, ces échanges sont préparés en amont à partir des éléments déjà présents dans le dossier.
- Le recoupement d’informations
Les déclarations sont systématiquement croisées avec les documents fournis, les bases de données accessibles, ainsi que les informations issues des experts ou des tiers impliqués dans le dossier.
La fraude assurantielle : un enjeu financier et une profession plus stratégique
Derrière chaque fraude non détectée, il y a un impact financier direct pour les assureurs. Et les conséquences vont plus loin. Une fraude validée peut servir de modèle, être reproduite, et se diffuser rapidement, fragilisant l’ensemble du système.
Comme souvent en matière de fraude, la détection précoce reste donc essentielle.
Le métier d’enquêteur d’assurance évolue progressivement, avec une structuration accrue et des exigences renforcées, notamment en matière de déontologie et de certification. Dans un environnement où la fraude devient plus technique, plus rapide et parfois plus industrialisée, leur rôle apparaît plus stratégique que jamais.
Pour en savoir plus sur le rôle de l’enquêteur en assurance, écoutez le podcast de Remi Nolibois.
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