Fraude en assurance vie : comment Swiss Life renforce ses contrôles face à des risques en mutation ?

En 2024, lors d’une étude sur la fraude documentaire menée par Finovox, 12 % des répondants déclarent avoir fraudé à l’assurance, contre seulement 5 % en banque. Ce chiffre illustre une réalité souvent sous-estimée : certains produits d’assurance, comme l’assurance personne et l’assurance vie, constituent des cibles privilégiées.

Dans cette interview, Marc de Beaucorps interviewe Patrick Mairesse, responsable de la lutte contre la fraude chez SwissLife. Ensemble, ils choisissent de se consacrer à ces produits particulièrement exposés, afin de mieux comprendre les spécificités de la fraude documentaire dans ce secteur. 

Transformation des pratiques de détection, importance de la structuration de la discipline et nécessité de renforcer les contrôles documentaires, retour sur cet épisode !

Découvrir l’étude menée par Finovox 

La fraude documentaire : un risque majeur en assurance vie et en assurance personne

La fraude documentaire est souvent perçue comme une fraude “classique”. Pourtant, elle constitue aujourd’hui une porte d’entrée stratégique pour des schémas complexes : usurpation d’identité, falsification de justificatifs, fraude au décès ou encore détournement d’actifs via des montages administratifs.

Patrick Mairesse insiste sur ce point : la fraude n’est pas toujours spectaculaire, mais elle est souvent structurée autour d’un élément simple… un document.

“La fraude commence rarement par une grosse opération. Elle commence souvent par un papier falsifié, un justificatif modifié, ou une fausse information qui passe dans le système.”

Dans les produits d’assurance vie, le risque est particulièrement sensible : les montants peuvent être élevés, les flux financiers importants, et la complexité des parcours administratifs laisse parfois des zones exploitables.

Poursuivez votre lecture : Fraude à l’assurance, quels sont les risques et les conséquences encourus ?

Pourquoi la fraude en assurance vie est-elle différente des autres formes de fraude ?

L’assurance vie et l’assurance personne se distinguent d’autres branches d’assurance par plusieurs spécificités :

  • des opérations souvent longues et administratives (souscription, arbitrage, rachat, transmission) 
  • des interactions avec des tiers (bénéficiaires, notaires, ayants droit) 
  • des documents sensibles (pièces d’identité, RIB, actes de décès, attestations notariales)

Dans ce contexte, la fraude documentaire peut intervenir à plusieurs étapes : à la souscription, lors d’un changement de bénéficiaire, ou au moment du versement des fonds.

Comme le souligne Patrick Mairesse, les fraudeurs cherchent à profiter de la complexité du système :

Plus il y a d’intermédiaires et de documents, plus il y a de points d’entrée possibles pour introduire de la fraude.

Ces types de fraude évolutifs imposent aux assureurs une vigilance constante sur les justificatifs fournis, leur cohérence et leur authenticité.

Quels sont les nouveaux modes opératoires lors d’une fraude à l’assurance ? 

Ces dernières années, les équipes fraude constatent une montée en puissance de pratiques plus structurées. 

Là où certains dossiers frauduleux relevaient autrefois d’initiatives individuelles, on observe désormais des méthodes plus organisées : fausses identités, faux documents générés, réseaux organisés, et parfois même exploitation de failles opérationnelles.

Patrick Mairesse évoque un constat partagé dans le secteur : la fraude s’adapte rapidement à la digitalisation.

Quand on digitalise un parcours, on gagne en efficacité… mais les fraudeurs aussi.

La fraude documentaire devient alors plus difficile à détecter uniquement via des contrôles manuels. Les faux documents sont parfois visuellement très crédibles et peuvent passer entre les mailles du filet si l’analyse repose uniquement sur l’œil humain.

Le DSP3 : une opportunité de renforcer les contrôles et la conformité ?

L’évolution réglementaire joue également un rôle dans la structuration des dispositifs de contrôle. Patrick Mairesse évoque notamment la directive européenne DSP3 (Directive sur les Services de Paiement), qui renforce les attentes autour de la sécurité, de l’authentification et de la prévention de la fraude.

Même si le DSP3 concerne en premier lieu le paiement, son impact est plus large : il pousse les organisations à mieux sécuriser les parcours, à tracer les opérations et à détecter les comportements suspects plus tôt.

Dans l’assurance vie, cela se traduit par une attention accrue sur :

  • les modifications de coordonnées bancaires
  • les demandes de rachats
  • les flux sortants
  • les incohérences entre identité, compte et historique client

Structurer la lutte contre la fraude : une discipline qui se professionnalise

Un point clé de cette discussion est l’importance de la structuration de la discipline fraude. 

Comment se structure la lutte contre la fraude chez SwissLife ? 

Chez SwissLife comme dans d’autres groupes, la fraude n’est plus un sujet “géré à côté”, mais une fonction qui se professionnalise, avec ses outils, ses méthodologies et ses exigences.

Patrick Mairesse insiste sur le fait que la lutte contre la fraude repose sur trois piliers :

1- une cellule anti-fraude en interne
2- des processus robustes
3- une capacité d’investigation et de coordination

Ce n’est pas juste une question de détecter un dossier suspect. C’est aussi une question de gouvernance, de méthode et de culture interne.

La fraude devient une fonction transverse, qui doit travailler avec les équipes conformité, juridique, IT, gestion et distribution.

Collaboration inter-assureurs : partager pour mieux lutter !

Au-delà d’une bataille interne, la lutte contre la fraude est aussi une affaire collective. 

Patrick Mairesse évoque l’importance des échanges entre assureurs et de la structuration sectorielle via des organismes spécialisés, notamment l’ALFA (Agence de Lutte contre la Fraude à l’Assurance).

Ces collaborations permettent de :

  • partager les dernières tendances
  • identifier des schémas émergents
  • mutualiser certains apprentissages

Et Patrick Mairesse l’explique très clairement

“Un fraudeur ne fraude jamais une seule entreprise. Il teste plusieurs acteurs. Donc la réponse doit aussi être collective.”

Dans un marché où la fraude circule vite, l’information devient un actif stratégique.

Vous souhaitez écouter notre podcast du Directeur Général de l’ALFA ? 

J’écoute l’épisode de Maxence Bizien 

Technologie et automatisation : vers un “humain augmenté” ?

L’un des sujets très intéressants abordés dans l’épisode concerne le rôle de la technologie dans la détection. Patrick Mairesse défend une approche pragmatique : l’objectif n’est pas de remplacer l’humain, mais de lui donner de meilleurs outils.

On ne peut plus traiter tous les dossiers à la main. Il faut prioriser, détecter plus tôt, et concentrer l’expertise humaine là où elle est vraiment utile.

C’est précisément dans ce cadre que les solutions spécialisées dans la fraude documentaire prennent tout leur sens. Elles permettent de renforcer l’analyse des pièces d’identité, justificatifs et documents administratifs, et d’identifier des anomalies invisibles dans un contrôle classique.

Des acteurs comme Finovox, spécialistes de la détection de fraude documentaire, apportent une couche d’analyse avancée qui permet d’améliorer la fiabilité des contrôles tout en réduisant la charge opérationnelle des équipes.

Cet article vous a donné envie d’écouter l’épisode complet ? 

J’écoute l’épisode de Patrick Mairesse 

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